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Les Sentinelles / Etat des lieux


Une situation alarmante pour nos maisons anciennes....

Du particulier à l’élu, en passant par le promoteur immobilier ou le bailleur public, chacun porte une part de responsabilité dans la disparition alarmante de notre patrimoine bâti rural, et ce dans une indifférence quasi-générale. Il faut dire que le contexte est particulièrement défavorable :

Méconnaissance du bâti ancien, peu de professionnels formés, documents d’urbanisme permissifs ou inexistants, disparition des subventions, normes contraignantes pour les travaux de rénovation, promotion féroce de matériaux inadaptés, pression foncière, etc.

Additionnez cela et vous obtenez un cocktail des plus destructifs pour nos maisons alsaciennes.

 

 

Ainsi, des centaines de bâtiments anciens (édifices publics, dépendances, maisons…) parfaitement restaurables pour les adapter à nos besoins et notre mode de vie actuel, disparaissent chaque année en Alsace.

Les raisons invoquées sont souvent les mêmes mais cachent d’autres réalités :
« Il faut faire place nette » (süfer !)
« Même l'Ecomusée n'en veut pas! » (alors que l'Ecomusée ne démonte plus de maisons)
« Il faut savoir vivre avec son temps »
« Il nous faut un parking » (parce qu’il faut faire 50m de marche pour accéder à la mairie)
« C’est une verrue, elle est toute pourrie » (et souvent refus d'un diagnostic contradictoire bénévole)
« Nous voulions un centre-ville plus ergonomique » (ce sera plus pratique pour les voitures de circuler puis on mettra des ralentisseurs)
« Maintenant qu'on a tout démoli autour, c'est cette maison qui pose un problème d'homégénéité »
« Elle n’est même pas alsacienne ! » (car la pierre, notamment le grès des Vosges, ne serait pas alsacien)


Au-delà de ces phrases-clefs récurrentes tristement symptomatiques d’une époque, voici les vraies raisons des destructions des maisons en Alsace :


Successions

Lors d’une succession, soit les indivisaires ne s’accordent pas, soit le seul successeur hésite sur le devenir du bien.

Dans les deux cas, et cela peut durer plusieurs décennies, le bien n’est souvent pas entretenu et se dégrade lentement jusqu’à obliger parfois la commune à afficher un arrêté de péril, ou bien le bâtiment s’effondre simplement dans l’indifférence générale.
Personne ne peut l’acheter, puisque ses propriétaires ne veulent pas le vendre ; et puis un jour, après que son triste état ait inspiré la pitié pendant plusieurs années, il s’effondre, et laisse un trou béant au cœur du village. Ou bien ses héritiers décident enfin de le vendre, et dans ces cas là soit personne n'a connaissance de la vente (car un promoteur les a contactés en amont), soit son état ne permet plus à personne d'envisager une restauration. A Balgau, l’un des plus beaux corps de ferme du Haut-Rhin dépérit ainsi depuis des années au milieu du village.




Méconnaissance du bâti ancien

- Le particulier peut penser sincèrement que sa maison mérite d’être détruite car « il n’y a plus rien à faire. ». Il ne lui vient alors même pas à l’idée de la restaurer ou de donner une chance à quelqu’un d’autre de le faire en la proposant à la vente…. A Uttenheim, une très grande maison XVIIIe est ainsi partie pour rendre le terrain « propre ».

Il arrive aussi que le particulier tente de restaurer sa maison mais  qu’en l’absence de bons conseils, dépassé par des travaux inadaptés et des résultats peu concluants, il décide finalement de la démolir, quand elle ne s’effondre pas d’elle-même.



- Bien peu d’artisans connaissent le bâti ancien ; ils n’en sont souvent pas responsables, puisque les formations dans ce domaine sont rares, et souvent onéreuses.

Le problème c’est qu’ils n’ont pas forcément conscience de ce déficit de compétence.
De ce fait, il est à déplorer de nombreuses interventions extrêmement maladroites sur les demeures anciennes, qui engendrent souvent une dévalorisation du bien au grand dam de ses propriétaires, ou qui lui portent parfois même gravement préjudice (isolation par l’extérieur, enduits ciments, peintures plastiques, pvc, recouvrement de la sablière basse, tuiles mécaniques...). Des exemples ? On parle là de 90% des maisons « rénovées » en Alsace !



- Malheureusement souvent peu formé, voire pas du tout concernant le bâti ancien, l’agent immobilier a du mal à percevoir l’intérêt de la propriété ancienne qu’il est amené à vendre. Rares sont d’ailleurs ceux capables de les dater approximativement, d’identifier les essences de bois ou les pathologies de base que l’on peut aisément régler.

Il est donc souvent difficile pour lui d’estimer son bien, de le valoriser, et de conseiller ses acquéreurs potentiels.
Pire, il lui arrive parfois de proposer sa démolition ou de ne citer que le terrain dans son annonce. C’est plus simple et efficace que de vendre cet OINI : « Objet Immobilier Non Identifié ».



- Enfin, nombreux sont les élus qui n’ont pas conscience de l’intérêt patrimonial de leur commune, et encore moins de celui de promouvoir les bonnes pratiques et l’utilisation de certains matériaux dans le cadre de sa restauration, afin d’assurer sa pérennité. On se rend par exemple compte que pour beaucoup d’élus de toute façon quand il n’y a pas de colombages il n’y a pas de patrimoine ! Là, on se sent comme venu d’un autre monde et la discussion s’annonce compliquée.




Règlementation

- Les responsabilités de l’élu local en matière d’urbanisme et de protection du patrimoine sont conséquentes et ne vont pas toujours de pair avec de réelles compétences en la matière. Les soutiens et formations sont quasi-inexistants, ce qui le laisse souvent démuni face aux sollicitations diverses (de bureaux d’études, de particuliers, de promoteurs…).

Souvent livré à lui-même et disposant d’un règlement d’urbanisme peu contraignant, l’élu se retrouve face à des sollicitations privées ou des enjeux financiers parfois colossaux, surtout lorsque sa commune subit une forte pression foncière.
Le découpage parcellaire peut également causer de graves préjudices à un ensemble harmonieux.




- Le bailleur public doit construire des logements au coût le plus faible possible.
Ses budgets se réduisent, les normes augmentent, et l’équilibre financier d’un projet doit pourtant se trouver ; ce qui l’oblige souvent, en l’absence de règlement d’urbanisme contraignant et d’une règlementation de conception/rénovation adaptée au bâti ancien, à démolir l’ancien pour construire du neuf. En périphérie strasbourgeoise et colmarienne, les exemples sont nombreux, trop nombreux…


- Au niveau national, les documents sensibilisant le grand public aux enjeux du bâti ancien ne sont pas forcément toujours promus avec beaucoup de conviction ou de moyens, et les subventions se réduisent drastiquement.

- Guidé (et on le comprend, c’est son travail) par une logique essentiellement financière, le promoteur immobilier cherche à effectuer le maximum de profit.
Si aucun règlement ne le pousse à envisager les choses autrement,  il préfère souvent démolir l’ancien pour construire du neuf, car cela est plus simple pour lui et moins couteux de faire un projet low-cost.

 

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